Ce matin, mail de la SNCF : « Votre wagon dans le train Paris-Mannheim ne sera pas climatisé. Vous pouvez reporter votre voyage de quelques jours gratuitement. » Certes. Mais y a école, demain.
Je ramasse donc mes affaires, les entasse rapidement dans ma valise beaucoup trop grande pour une collections de shorts et t-shirts, récupère ma gourde que j’avais laissée dans le frigo, et me dirige vers la Gare de l’Est, prêt à affronter les 37ºC de la journée enfermé dans un train.
Je monte dans le train. Finalement, la clim est bien présente. Pas aussi efficace que d’habitude : pas besoin de mettre une laine, cette fois, mais elle tourne pour garder la température en dessous des 28ºC.
C’est donc sans transpirer de trop que je file à 300km/h direction plein Est. Les champs dorés, reflétant le soleil caniculaire, défilent, en alternance avec les arbres des forêts, qui, au contraire, brisent la luminosité pour apporter un peu d’ombre à tout ce qui trouve refuge sous leurs branches.
Les champs, les forêts, ça a fait un peu l’actualité ces derniers jours. Des agriculteurs doivent moissonner de nuit, de peur que leurs machines créent des étincelles qui feraient partir un incendie. Les récoltes sont en baisse, pour cause de canicule. Les forêts brûlent, difficiles à contrôler. Un rallye a été annulé, par précaution. La préfecture du Lot a interdit toutes les manifestations sportives, en extérieur, et dans les espaces non climatisés, ainsi que tous travaux qui pourraient émettre des étincelles, entre 14h et 20h.
Pourtant, toutes ces interdictions, toutes ces contraintes, ce n’est pas ce dont on a parlé ces derniers jours dans le débat public. Non, on a parlé de climatisation, et de comment on pourrait faire pour climatiser un maximum de lieux le plus vite possible. Merci au Rassemblement National de nous imposer ce sujet.
Me voilà, dans mon train climatisé, à regarder ces champs secs, qui pourraient flamber à chaque instant. Ces arbres à 37ºC, qui peinent à protéger les écosystèmes qu’ils abritent. Mais moi, je suis confortable. Dans ma bulle climatisée.
Je ne peux m’empêcher de penser au film « Seul sur Mars ». Matt Damon, sur une planète hostile, ne peut se réfugier que dans quelques lieux climatisés, adaptés à la vie. Le reste de la planète n’est qu’hostilité. Est-ce le monde qu’on est en train de construire ? Nous rêvions de terraformer Mars, nous somme plutôt en train de vénusiser la Terre. Le tout en ne parlant que de climatisation, et pas des récoltes qui s’effondrent, des élevages décimés, des forêts qui brûlent. Nous construisons nos bulles, les reste peut flamber.
Le pire, c’est que je sais qu’on va encore nous bassiner avec « l’écologie punitive », une fois l’hiver revenu. Car il ne faudrait priver personne de prendre hélicoptère pour aller au ski. En attendant, on ne parle pas du sport qu’on ne peut pas faire car il fait trop chaud. On ne parle pas des étincelles qu’on ne peut plus émettre de jour, qu’il ne faut émettre que la nuit. On ne parle pas des pompiers, qui doivent risquer leurs vies de plus en plus pour nous protéger. Qu’on aura peut-être bientôt plus assez de pompiers pour nous protéger. Mais le climato-scepticisme punitif n’existe pas. Pas dans leur monde.
Je n’ai jamais eu le sentiment de vivre dans une dystopie. Aujourd’hui, c’est bien le cas. Et ce n’est pas très agréable.

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