Canicule, et maintenant ?

Constat

Cette année, la canicule a battu tous les records. L’été a été déclaré été le plus chaud depuis la prise des mesures en 1900. Le dernier record, celui de 2003, est battu d’un degré en moyenne. Le record de chaleur a été battu, ainsi que le record de la canicule la plus longue, environ 3 semaines. La température moyenne est de 5°C au dessus de la normale, dont 2.4°C dus au changement climatique.

La sécheresse était aussi au rendez-vous, avec des précipitations 40% au dessous de la moyenne. Cela suit un hiver particulièrement pluvieux, ce qui sera la tendance avec le changement climatique : des hivers et étés plus intenses, en précipitations, températures et aléas climatiques. Cette sécheresse, couplée au printemps humide qui a fait pousser la végétation, a déclenché beaucoup d’incendies, 6x plus que la moyenne des 20 dernières années. Les arbres qui ont tenu bon, sont fragilisés pour les années à venir, et ne survivront peut-être pas aux canicules à venir dans moins de 10 ans. Les pompiers, en sous-effectif, sont au bout du rouleau. La mer et l’océan ont aussi souffert, avec la température de l’eau qui a enregistré entre 2 et 3°C au dessus de la moyenne de saison, entraînant des difficultés pour les écosystèmes marins.

Régulièrement, les travailleurs ont dû travailler au dessus de 30°C, jusqu’à 35°C par endroit, même pour du travail physique. Des évènements sportifs ont dus être annulés. Au total, ce sont 8000 morts cet été directement liées à la canicule en France. Chiffre qu’on peut comparer aux 3500 morts de la sécurité routière, 40000 dus à la pollution de l’air, et 68000 pour le tabac.

D’un point de vue économique, la canicule a aussi eu ses effets. 374 incendies ont été déclarés aux bords des rails SNCF, le double de l’été dernier. Les rails se déforment sous la chaleur, obligeant les trains à ralentir. Résultat, un doublement des retards, un triplement des annulations. Le nombre de voyageurs a baissé de 2 millions, cercle vicieux des canicules qui entraîne des pratiques carbonés comme l’utilisation de la voiture personnelle. Au total, l’été aura coûté 80 millions à la SNCF, et le réchauffement climatique 180 millions sur l’année.

L’été aura coûté 0.1% de croissance à la France . Cela fait mal, quand le budget a été calculé pour une croissance de 0.7%. Le nucléaire a dû subir jusqu’à 20% de réduction dans le mix énergétique, à cause de l’eau trop chaude des rivières, d’un lit trop bas, ou de méduses dans l’eau océanique, qui sert à refroidir les centrales. Heureusement, le solaire était prêt pour prendre le relai.

Le secteur le plus touché reste l’agriculture. Outre les désagréments de devoir travailler de nuit, dus aux interdictions d’étincelles durant la journée (source), les pertes économiques sont bien réelles. 30% de pertes sur tous les fruits et légumes, et 70% pour certains. 35% de pertes sur le maïs, pour un total de 10 milliards de pertes selon les estimations de la FNSEA (même si, on s’en doute, la FNSEA a intérêt à gonfler ces chiffres pour obtenir des compensations). Et un risque réel : que certain.es agriculteurices mettent la clef sous la porte, donc une récession du secteur de l’agriculture, irréversible sur le court terme. Les prix de l’alimentaire risquent d’augmenter suite aux canicules, même si l’effet ne sera pas immédiat.

Changement Climatique : Propositions des Écologistes

Les canicules s’intensifient à cause du changement climatique. Le changement climatique est dû aux émissions de gaz à effet de serre. En France, ceux-ci sont émis essentiellement par les transports, encore peu électrifiés, la construction de bâtiments et leur usages — le béton émettant du CO2 lors de sa coulée, et le chauffage étant encore dépendant de la combustion, et enfin de l’agriculture, surtout l’élevage bovin, grand émetteur de méthane.

Sur les transports, le principal émetteur est la voiture individuelle thermique. Le but est donc de réduire ses émissions un maximum. Les écologistes proposent donc, de limiter la vitesse à 110km/h sur les autoroutes. D’encourager les particuliers à changer de mode de transport, en proposant une remboursement de frais kilométrique indépendamment du mode de transport choisi. Doubler les km de pistes cyclables, et aider à l’achat d’un vélo. Encourager l’utilisation des transports en communs en créant un “ticket climat”, comme le Klimaticket, en excluant les TGV. Encadrer les prix des TGV. Passer à 35% du transport de marchandise par le fret. Fixer un objectif de 100% de voitures électriques neuves en 2035, après le renoncement de l’Europe sur le sujet. Aider les particulier vivant loin des transports en commun à accéder à la voiture électrique. Réimplanter les services de proximité, notamment des médecins, dans les petites villes et campagnes, pour limiter les kilomètres à effectuer en voiture, voire pour pouvoir les faire à vélo ou en transports en commun.

Attention particulière aux avions : Suspendre les projets d’agrandissement des aéroports. Interdire les vols lorsqu’une alternative de moins de 4h30 en train existe. Interdire l’atterrissage des jets privés en France puis en Europe. Augmenter la fiscalité sur les billets d’avion et sortir de la Convention de Chicago exemptant de taxe énergétique les vols internationaux. Lancer des expérimentations à grande échelle pour atténuer l’effet réchauffant des traînées de condensation.

Sur la construction de bâtiments et d’infrastructures, imposer un moratoire sur les projets inutiles comme l’A69 — en parallèle d’une nationale sous-utilisée, le canal Seine-Nord Europe — un canal le long de la manche, et le TGV Lyon-Turin — un tunnel en parallèle de celui déjà présent. Limiter la construction de nouvelles routes. Renforcer la trajectoire de Zéro Artificialisation Nette (ZAN). Utiliser le droit de réquisition contre les logements vacants, et obliger les locations courtes type Airbnb de l’aligner sur les réglementations hôtelières, pour limiter les logements vides et donc la nécessité de nouvelles constructions. Relancer la rénovation des logements sociaux pour ne pas avoir à en reconstruire beaucoup.

Sur l’usage des bâtiments, favoriser le développement des réseaux de chaleur et de froid, moins gourmands en énergie et moins émetteurs que les installations individuelles. Sortir 1M de personnes de la précarité énergétique avec 500000 rénovation par an via MaPrimeRénov’. Renforcer les classifications énergétique des logements pour encourager les propriétaires à lancer des travaux de rénovation. Favoriser le changement des chauffage au fioul par des chauffages à la pompe à chaleur ou réseau de chaleur. Le but : limiter le recours au chauffage et à la climatisation, et en bonus, sortir de la dépendance aux fossiles, et donc réduire les factures. Encourager le secteur du bâtiment à utiliser des matériaux plus sobres que le béton.

Sur l’agriculture et l’alimentation, tendre vers 2 repas végétariens par semaine dans les cantines. Rémunérer les agriculteurices au prix juste, et les soutenir pour leurs services environnementaux (prairie permanente maintenue, plantation des haies, zones humides restaurées). Interdire les méga-fermes d’élevage, et favoriser les petites exploitations et les pâturages. Le tout dans une politique plus globale de meilleure rémunération des agriculteurices, de passage au bio, et de limitation des pesticides. Forcer les centrales d’achat européennes à acheter à 80% des produits d’origine française.

Adaptation : propositions des Écologistes

Dans les établissements d’enseignement scolaires et universitaires, interdire les activités si les températures sont hors de la fourchette 16°C-30°C.

Garantir un droit à la fraîcheur, pour que les bailleurs rendent tout ou partie du logement frais. Inclure l’efficacité de “froid” dans les mesures de DPE et de précarité énergétique (et donc potentiellement interdire à la location les logement trop chauds). Prioriser la pose de volets extérieurs, les réseaux de froid, la végétalisation (3 à 5°C de baisse de température avec un plan végétalisation), à la climatisation individuelle. Si Paris toute entière était climatisée individuellement, l’extérieur serait réchauffé entre 2°C et 3.6°C, plus lors de canicules plus intenses. La climatisation augmente la facture d’électricité de 15% chez les ménages les moins aisés. Cependant, la climatisation peut être nécessaire dans les canicules les plus intenses. Prioriser la climatisation des espaces communs : Écoles, Musées, Hôpitaux, EHPADs, gymnases, établissements qui seraient ouverts au public gratuitement pour lui permettre de trouver un peu de fraîcheur.

Au travail, instaurer un droit de retrait au delà de 33°C, en plus de la mise en place d’aménagement pour les fortes chaleurs en dessous de 33°C (Télétravail, horaires décalés). Créer un congé climatique de 5 jours par an, activable dès que le logement est touché, routes coupées, ou école des enfants fermée.

Pour lutter contre les incendies, renforcer les effectifs de l’office national des forêts, qui ont été réduits de 38% au cours des 20 dernières années. Donner plus de moyen aux pompiers, pour recruter (40000 pompiers en plus en 2040, meilleurs salaires), pour plus de matériel (10000 camions en 2030, renforcer la flotte aérienne), à rebours du gouvernement macroniste qui, en sabrant les budgets, annule les commandes de Canadair. Interdire la chasse dans les zones incendiées un an après l’incendie.

Concernant l’eau et la sécheresse : garantir les premiers mètres cubes d’eau gratuits, puis tarification progressive, pour limiter les gros usages. Favoriser l’infiltration de l’eau dans les sols, notamment via les zones humides et l’interdiction de leur drainage, et la dés-imperméabilisation des sols (Parkings…). Renforcer la protection des aires de captage d’eau, et décréter un moratoire sur les méga-bassines. Rénover les canalisations pour limiter les fuites.

En agriculture, créer un fonds solidaire pour assurer les agriculteurices face aux aléas climatiques. Soutenir l’agroécologie, une méthode qui allie agriculture et écologie, une méthode qui s’adapte à chaque écosystème. Quelques mesures d’agroécologie : variété des espèces dans le temps et l’espace, lutter contre les nuisibles de façon naturelle, en réintroduisant les prédateurs naturels des nuisibles, ou en plantant des espèces les repoussant. La variété des espèces assure à la fois une résilience aux aléas, et le non-épuisement des sols. L’agroécologie permet aussi de limiter les “intrants”, c’est à dire le fait de devoir introduire en permanence des engrais et pesticides, ce qui empire le franchissement des limites planétaires, ici les cycles de phosphore et azote, et pollution chimique.

Il faut aussi un budget pour financer l’adaptation. Contrairement aux macronistes qui réduisent le fonds chaleur ou le fonds vert divisé par 3 en 2 ans. Ces fonds sont essentiels, car ils permettent aux collectivités d’enclencher les rénovations et transitions nécessaires à l’adaptation, que ce soit pour isoler des bâtiments, installer des systèmes de chauffage ou refroidissement, ou tout projet d’infrastructure. Les écologistes proposent au contraire de renforcer ces budgets. En parallèle, il faut aussi prévoir plus de budget pour les fonds solidaires notamment pour les fonds de prévoyance des catastrophes naturelles, sécheresse, et retrait du trait de côte.

Enfin, il faut anticiper les mouvements de population que le réchauffement climatique entraînera. Les températures ont déjà dépassé les 50°C au Pakistan. Nous proposons de créer le statut de réfugié.e climatique, au niveau européen pour reconnaître cette réalité, de débloquer des fonds pour droit d’asile, accueil, logement digne, accès à la santé et à l’éducation et régularisation, et de coopérer avec les autres états membres pour un partage des responsabilités équitable et une planification des migrations prévisibles.

Comment agir en Autriche ?

Un sujet qui me tient à cœur : essayer, à titre individuel, de réduire son empreinte carbone. Discuter avec les autres, plus facilement dans des cercles et associations écologistes, de comment faire pour réduire cette empreinte, s’échanger des conseils et bonnes pratiques. Le but n’est pas de sauver la planète, à titre individuel, cette réduction est marginale. En revanche, c’est important de comprendre où sont les limites de l’effort individuel, et quelles sont les barrières à une réduction des émissions personnelles. On se rend compte par exemple qu’on n’ose pas faire du vélo car les infrastructure sont trop dangereuses. Ou qu’on ne peut pas devenir végétarien car les cantines n’offrent pas de plats végétarien. Une fois ces barrières comprises, il devient facile de voter pour les partis qui proposent des solutions pour casser ces barrières, voire de mettre dans le débat publique les barrières que vous rencontrez, qui ne sont pas encore dans le débat. Le bonus, c’est que vous comprendrez les ordres de grandeur de ce qui importe vraiment dans une politique de réduction des émissions.

Le super-collectif Fridays for Future organise 2 manifestations/grèves par an, la prochaine ayant lieu le 16 octobre. Il a plusieurs ramifications comme Scientists 4 Future, Parents for Future, Teachers for Future, Seniors For Future, Artists for Future et plein d’autres.

En rejoignant des groupes de manifestations à vélo :
Radeln For Future : 1ers vendredis du mois
Critical Mass: 3èmes mercredis du mois

En rejoignant d’autres associations qui vous tiennent à cœur. Gürtel Liebe milite pour une réduction de la place de la voiture sur le Gürtel. Si vous habitez sur le Gürtel, une façon simple de les soutenir est de commander et d’accrocher à votre fenêtre une bannière. Ja zum Nachtzug milite pour plus de trains de nuits, notamment vers la France. NOUS crée des espaces francophones à Vienne pour favoriser la réflexion sur les sujets écologistes et de solidarité.

La fresque du climat, pour sensibiliser les personnes autour de vous à la question climatique, et pour comprendre les mécanismes qui l’engendrent.

Et sinon, les partis politiques qui peuvent porter les idées écologistes. Ces partis ne peuvent fonctionner sans votre soutien, matériel et/ou personnel. Encartez-vous !